On est dans la bulle des travaux intensifs, une espèce de routine assez berçante. Vite après le petit-déjeuner on file à côté, vos manteaux les hiboux!, la colle à carrelage, les paquets trop lourds à transbahuter, chaque carreau nous rapproche de la fin! Quand on se dit qu'il serait temps d'aller manger il est souvent bien plus tard qu'il devrait. De la polenta pendant que je mixe des tomates avec de l'ail, la soupe d'hier soir... du vite vite et la sieste pendant qu'il y retourne, pour de la peinture cette fois-ci. Lundi c'est fini tu crois c'est sûr? Il est très optimiste et je me force à la croire, déjà assez de prétextes aux insomnies comme ça. Après les plinthes, le carrelage au dessus des lavabos, les toilettes (sèches) à construire... puis à un moment enfin les choses qui feront du bien pour de vrai, la place des meubles voire soyons fous les affiches au mur... Dans ma tête les jeux et les livres ont déjà leur place, et si ça change au moment de les installer ce sera encore meilleur. 

C'est un mois ménage de printemps-de placards de cuisine, marre de rajouter des couches de courses quand les tiroirs sont déjà dodus. Et comme c'est plutôt le mois d'achats de plinthes, de radiateurs, de lavabos etc... pfiou! Ça nous fait des dîners de lasagnes aux lentilles, des soupes de haricots noirs, et ce midi une "poularde pie" avec les restes de Noël (et encore des lentilles dans la pie!!). Il y aura sûrement d'autres fournées de cookies pour écouler ces enthousiastes kilos de farine et de chocolat, il faut expier les derniers qui ont reçu les fatidiques 3 minutes de cuisson en trop qui les font passer de "miam ils sont presque crus" à "mince ils croustillent"! (C'est la recette de mon amie, elle met la pâte au frais 30 minutes avant de les cuire, et moi j'y ai rajouté du thym et mis que 100gr de sucre complet). Les choses ont un goût de plus tard, la lumière le matin -sauf le mardi quand je pars vraiment trop tôt- n'est déjà plus la même, je sens que mes yeux s'arrêtent plus longtemps dans le jardin quand j'y passe, les myrtilles ont des pousses bien rouges comme le lilas blanc qu'on a planté à l'automne. Je n'ai pas vraiment le temps de m'y pencher, mais se fait malgré moi en tête une liste des herbes aromatiques que j'aurai envie de planter. 

On se prend une après midi de liberté avec les enfants, et ça n'est pas très raisonnable. On va à la ville voir une amie, et quand on rentre mes yeux piquent et les blaireaux sont déjà de sortie. Ça dort derrière et à la radio ça parle de livres que je ne lirai pas tout de suite. La grande médiathèque vitrée face à la cathédrale que j'ai fréquentée pendant tellement d'heures me manque parfois, c'était vraiment une amie à une période un peu troublée. Je me demande de temps en temps, comme une fiction dans laquelle j'irai me fondre, quelle serait ma vie si j'étais là bas, dans cette ville là, ou dans cette autre qu'on a quittée? Je crois que mes mâchoires seraient bien souvent plus serrées! Et pleine de ah si on avait/pouvait! Ici les si-on-avait/pouvait c'est un sushi shop les soirs d'envies. La non-immédiateté des choses, il nous faut de la peinture, les garçons ont besoin de chaussons, etc, pouvait sonner comme plus de noeuds au cerveau, et bien sur c'est tout l'inverse. C'est une vie rien-n'est-grave, parce que le matin le feu est toujours beau et l'herbe d'un vert toujours inédit. C'est une sorte de lenteur qui se savoure qui s'est immiscée dans nos vies, et j'en suis très heureuse. 

51 et 52 portraits... en trichant/cafouillant un peu!











Je lis un roman traduit du japonais et le son des phrases me bringuebale un peu bizarrement, je suis vraiment ailleurs quand je l'ai entre les mains, ça n'est pas très chaleureux à lire mais les images sont belles. Et plus que dépaysantes bien sûr! Leurs dialogues sonnent froid mais ils parlent en fait de leurs émotions de façon brute, certains échanges me paraissent impudiques ou presque, alors qu'ils sont très obséquieux, c'est vraiment une drôle d'impression. Un détective privé vient d'entrer dans l'affaire, mais aussi une grotte-labyrinthe, m'est avis que ça va bouger! 

Le matin je touille mon lait d'or, j'en ferai bien mon rituel du soir aussi, tant ça m'enveloppe juste de ce qu'il faut. (Après plusieurs recettes c'est celle-ci que j'aime!). Les cadeaux de Noël ont piqué les piles de la radio, je feuillette mon bbc goodfood en silence. J'y trouve le dessert du nouvel an, ce cheesecake aux poires et à la cannelle, ça faisait longtemps... (base de shortbreads au caramel, si ça ne porte pas bonheur ça!). Je dégaine à nouveau les pancakes au chèvre pour le saumon fumé, et l'assiette vide nous met tous d'accord pour repousser le fish curry et les carottes biriyani au lendemain midi. Le 1er repas de l'année sera coloré et épicé. Il a promis une galette, aussi, même si je trouve que c'est un peu blasphématoire... mais non les rois mages ne sont pas encore arrivés! 

J'étais rentrée à la maison avec beaucoup de retard, il y avait eu des larmes de l'autre côté du bureau (même si on s'était quitté en parlant du dernier hamburger de chez Mcdo!). Cette nuit là je rêverai de ce papa, de la place que j'espère confortable que je leur fais. Je rentre tout juste à temps pour regarder la neige de derrière la fenêtre, un thé, vite! Mais c'est surtout pour avaler un doliprane. Grosse envie de sauce tomate et il n'y a rien qui y ressemble, si ce n'est ce triste tube de concentré de tomate. L'argument "pneus neige" n'a pas grand effet, il n'y aura pas de tour à la supérette... c'est vrai qu'envie ou pas ça ne serait pas des plus malins. Puis sur des wasa, avec du cheddar, ça n'est pas si mal... (hum!!). J'essaie une tarte irlandaise aux pommes et avec de la glace en dessert, après les choux de Bruxelles et la ratatouille c'était très bon. Petit luxe de soir de "semaine", si on peut appeler comme ça mes quatre jours de travail pendant ces semaines festives. 

Des envies, bien sûr, parce que c'est bien pour ça qu'on est là. J'aime les pages blanches et ainsi les débuts d'années tout neufs... des butter tarts à essayer vite, de nouveaux pulls sur les aiguilles, ces histoires de monodiètes et d'intestins à mettre au repos à creuser, le jardin à étoffer, une chambre d'amis à créer... Ce sera forcément une année délicieuse, les débuts de ce cadeau terrible que je n'aurai jamais osé espérer, avoir mon bureau à la maison. Ce grand endroit qui sera pour nous, aussi, et tout les ateliers qu'on pourra y faire avec les enfants. J'ai vécu le changement d'année au lit avec ma bouillotte, c'était bon cette liberté là aussi, il est venu trinquer sa coupe contre mon livre et c'était parfait ainsi. Je me suis excusée d'être un tel bonnet de nuit, quand même, mais ses bras sont assez grand ouverts pour aimer ça aussi. 

Très belle année!! 

50/52











On passe une soirée au bouillon avant de vite filer au lit. 24h collée à ma bouillotte, passant du lit au canapé, et à la baignoire une fois ou deux. Mi gastro-mi grippe express, n'empêche que ça disait stop là dedans. J'ai écouté, très docilement, jeuné toute la journée et dormi presque autant. On m'a fait moult câlins et je découvre qu'être malade quand des petites mains chaudes me caressent le dos c'est beaucoup moins pire. Le matin suivant je me suis levée prudente, croisant les doigts pour me sentir mieux et c'était le cas, ouf! Ma journée en cuisine pourrait avoir lieu, et surtout le scénario catastrophe du 1er vrai noël qui compte pour les garçons vu du canapé enroulée dans une couverture et dans la brume non! Ça m'avait fait pleurer d'y penser, la veille. Je guette d'autres recettes de bûches, alors que j'étais censée avoir -enfin- arrêté mon choix. Au four deux tranches de pain, ouf à nouveau des tartines, et même du miel dessus, je crois que ça va mieux à ce point. Je pense lessives, cadeaux à emballer et dates à vérifier sur l'agenda. Du très terre à terre pas déprimant pour autant. 

Je suis plutôt fâchée avec les pieds sur terre depuis quelques émissions qui m'ont vraiment laissé un mauvais goût dans la bouche mais en battant les oeufs j'écoute celle-ci sur les réveillons qui tournent au vinaigre en riant, tout en coupant, coupant, remuant... Une journée à deux aller-retour au compost! C'était l'après-midi quand le déjeuner de Noël a dit qu'il était prêt, enfin surtout la bestiole qui dans le four prenait son temps pour se dorer. Des clémentines et assez de romarin pour que le jardin en soit maintenant presque dépourvu, et une farce aux pêches à côté. Le Christmas pudding était aussi parfait que je le voulais, à notre goût en tout cas. J'ai même gagné de manger les bols des enfants, qui avaient glané trop de bonshommes en chocolat dans la bataille pour daigner approcher une cuillère ou une fourchette de près pendant quelques heures... 

Pépin voulait se promener et comme on dit one apple a day... nous on a fait nôtre l'idée de some fresh air everyday (très révolutionnaire n'est-ce pas!). Il fallait être un peu courageux et c'était déjà la nuit, mais on a eu le temps de plusieurs "attrapé!" et même d'un gadin nez-rapé! Le bain n'en était que meilleur après, ça m'a donné envie et quand très vite après on n'a plus rien entendu là haut ça a été mon tour. Et même d'une couche de crème en en sortant la peau toute rougie (mais heureuse), jour de fête, vraiment! Plus de place pour du bouillon, ni même pour un thé je crois... repue. D'épices, de joie, de baisers, toute pleine vraiment.  

J'espère que votre Noël avait le goût dont vous aviez envie, belles belles fêtes! 

49/52











Un mail et pouf l'enclume entre mes côtes s'est fait la malle. De vagues flocons et un mercredi tout troué au travail. La veille j'avais fait des roulés de pâte feuilletée au chutney et aux saucisses, très décati comme apéritif, pour rencontrer des collègues du coin. J'en avais deux dans leur papier d'alu devant moi, un thé aux écorces et cacao et un podcast sur l'Ecosse sur lequel je n'arrivais pas à me concentrer. Au téléphone je lui relis encore les mots de l'avocat, une espèce de coulis de caramel, au beurre salé même. On fête ça comment? J'ai mille recettes en tête, mais je suis tellement heureuse qu'un bol de céréales ça aurait le goût du plus beau des gâteaux à étages. Si j'étais cynique je dirai ah chouette les insomnies auront un autre goût maintenant, mais je pourrai être plus légère et oser goûter quelques nuits sans... Dans la voiture en rentrant du cheval on se dit entre nous qu'on est sûrement en train de fermer la porte d'une grosse période de noeud qui dure peut-être bien depuis plusieurs années. (Les deuils, les déménagements, les avocats pour ci ou ça, les appels en pleurs à l'assistance juridique pour ce conflit avec tel artisan, d'autres appels en larmes aux assureurs), on énumère malgré nous en se disant oh bon sang y'a eu ça aussi! La bulle, celle qui nous entoure tous les quatre, en 2018 sera bien plus solide, les pavés d'une vie moins hoquetante sont posés. On s'installe dans une vie qui de fait sera mieux préservée des picots. Et puis on a peut-être épuisé notre quota décennal de cailloutout court! 

Sur le frigo entre les mots doux, les cartes qu'on aime et les recettes qui tournent en boucle de nouveaux mantras. Prends soin de toi, accepte et agis, pas de double peine! J'ai de la couture à finir car je voulais offrir ces petites choses bancales et très plaisantes à faire ce week-end, écharpes de noël en stand by donc, oui... je crois que celle d'Odilon sera tricotée en 9, hum! Alors je choisis entre les pois et les fleurs, et combien de moustaches, devant Captain Fantastique. J'ai plusieurs fois les yeux mouillés et évidemment on rêve un peu... on a déjà fait un mini morceau du chemin non? N'empêche que la mission c'est bien ça, dans cette micro-société que nous formons, vivre une vie qui fait les yeux les plus grand ouverts possible. 

C'est un week-end plein de beurre et de farine comme je les préfère. Dans son sac elle me ramène mes thés préférés, le Royal Christmas était forcément très attendu. Une bûche, qui semble de traviole mais pas tant que ça finalement, et des vegetables noodles dont on n'a pas d'autre choix que de les manger salement. 2018 dans la bouche, pas des voeux mais des certitudes que les chemins et les graines-de-suite sont déjà là. Ça se dit debout contre l'évier les mini doutes, les tangages sur les pavés, comment on sait que c'est le bon mot? Dans la nuit alors que je devrais dormir je vois qu'il neige. Ça tombe bien j'avais envie d'une journée toute propre et toute neuve, j'ai l'impression d'avoir trop mal rêvé, trop mal mangé ces derniers temps. Du bouillon et de la marche, et si les pas crissent ce sera encore mieux. Et le reste suivra, on dit comme ça. 

48/52 - 17 tricots 13 et 14/17









La fin de journée est grincheuse, j'ai déjà dégainé le chocolat chaud, qui traîne un peu terne et abandonné sur la table basse, alors ne me reste plus qu'un on prend un bain? plus enthousiaste que je ne l'aurai imaginé. François est dehors, j'essaie de faire comme si en sortant le seau de cendres qu'ils étaient en train de disséminer partout dans la maison je n'avais pas remarqué qu'il s'était mis à pleuvoir averse. Quelques minutes avant il m'avait dit non non, tu restes au chaud avec les enfants, et j'avais très mollement protesté. l'idée de rentrer 4 stères de bois dans le froid et la nuit me transportait immédiatement dans une ambiance de cave humide dans laquelle il me répugnerait de descendre même le temps d'y retrouver la roue de vélo ou la bouteille de vin qu'on y aurait jeté en vitesse, les yeux et les narines fermés. La vie un peu plus rude, ici à la campagne semble nous faire découvrir des postures un peu ataviques, ou simplement renforcer ces différences que mon degré zéro de féminisme ne cherche pas à contester. Il est parti rentrer du bois et moi en baignant les enfants je me dis qu'il faut que je mette le gratin au four qu'il soit chaud quand il rentrera. Encore un peu je lui ferai un café chaud dans lequel je verserai un trait de brandy pour le récompenser et le réchauffer.

On réchauffe une tartiflette dans le poêle, je suis toute floue de la journée qu'on a vécue, une de ces journées dont je mettrai quelques jours à me remettre. J'exagère tout, enfin je sonne comme ça a mes oreilles quand dans cette préfecture déserte, à un mètre d'une personne qui n'aura pas un mot gentil pour la femme en larmes qui hoquète en face d'elle je dirai après à François c'est dans ces moments là que tu comprends comment les guerres arrivent, cette indifférence viscérale à la souffrance de l'autre. On court après un papier qui n'existe pas. A nouveau j'exagère sûrement, je pense grève de la faim et s'attacher à une administration si sourde qu'elle nous rend fous. On mange un hot dog qui mériterait de nous faire plus plaisir parce qu'il est bon, mais l'horloge nous pique les yeux, c'est un chouette rendez-vous cette fois-ci mais j'ai encore la tête dans les tracas et je n'en profite pas assez. A la maison le gâteau aux bananes et au beurre de coco est encore moelleux, c'est vite le temps des histoires. Je sacrifie des heures de sommeil à cette histoire sadique et je m'en veux d'autant plus. Le petit corps chaud d'Odilon qui nous rejoint vers 5h30 m'apaise un peu, je me cale sur son souffle, mais quand il est l'heure de me lever je ne suis pas sûre de m'être vraiment endormie. J'ai quand même l'impression de marcher sur le bord friable d'une piscine qui ne me veut pas du bien. 

Six heures loin d'eux, toutes petites six heures me convaincs-je, et forcément des mince pies en rentrant, il est grand temps. Je testerai cette recette façon pie et crumble assez décadente (hum) mais je crois que nous les aurons bien mérités avec le travail qui est prévu dans le jardin et dans le cabinet pour l'après-midi. Si j'étais raisonnable s'y glisserai une sieste, mais j'aurai encore l'impression de sacrifier des heures aux tracas, pour remplacer cette nuit yeux ouverts, ce qui est penser à l'envers j'en ai bien conscience. Deux nouveaux tricots (22 jours et 3 tricots pour remplir le défi... finalement ces insomnies vont bien tomber!), un gilet pour une doucette, et dans la même laine (j'en ai encore chouette!!!) un gilet pour moi, qui me rajoute 3 degrés dès que je l'enfile. La copine et son fils yeux-grands-bleus-coeur-dans-la-lune passent dans un coup de vent qui durera le temps de se réchauffer et même plus finalement, petit cadeau du samedi. Son fils prépare le thé pour les enfants, c'est quoi leur sirop préféré? et les garçons font docilement tout ce qu'il leur propose, avides de se sentir ensemble. On se raconte les bisous à l'égo et les falaises sur le doigt de pied dans une même phrase ou presque, c'est tout facile ça fait tellement de bien. Je t'en reprends un c'est vraiment trop bon! 
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